FRANCE-VIETNAM: la coopération spatiale entre dans une nouvelle phase

FRANCE-VIETNAM: LA COOPÉRATION SPATIALE ENTRE DANS UNE NOUVELLE PHASE

La visite officielle en France de Tô Lâm, Secrétaire général du Parti communiste et Président de la République du Vietnam, ainsi que sa participation au Sommet international sur l’espace, interviennent à un moment où Paris et Hanoï cherchent à donner un nouvel élan à leur relation. Deux ans après l’élévation de leurs liens au rang de partenariat stratégique global, les sciences, les technologies et le spatial apparaissent désormais comme des domaines susceptibles de façonner une nouvelle phase de coopération entre les deux pays.

Dans l’agenda diplomatique vietnamien, ce déplacement en France présente à cet égard une particularité. Parallèlement aux rencontres politiques de haut niveau qui accompagnent traditionnellement une visite officielle, Tô Lâm participe au Sommet sur l’espace, qui réunit dirigeants et acteurs majeurs d’un secteur devenu de plus en plus stratégique.

Cette double dimension reflète deux évolutions parallèles: d’une part, les relations franco-vietnamiennes sont entrées dans une nouvelle étape depuis leur élévation au rang de partenariat stratégique global en octobre 2024 ; d’autre part, Hanoï accorde une place croissante aux sciences, aux technologies et à l’innovation dans sa stratégie de développement.

D’une relation historique à un agenda tourné vers l’avenir

Plus d’un demi-siècle après l’établissement de leurs relations diplomatiques en 1973, la France et le Vietnam ont développé des liens étroits dans les domaines politique, économique, culturel, éducatif, sanitaire et scientifique.

En 2013, les deux pays ont établi un partenariat stratégique. En octobre 2024, celui-ci a été élevé au rang de partenariat stratégique global, faisant de la France le premier État membre de l’Union européenne à établir avec le Vietnam une relation de ce niveau.

La visite du président Emmanuel Macron au Vietnam, en mai 2025, a donné une nouvelle impulsion à cette dynamique. L’agenda bilatéral s’est progressivement élargi: au commerce, aux investissements et aux infrastructures sont venus s’ajouter l’énergie, les transports, l’intelligence artificielle, les technologies numériques, l’aéronautique et le spatial.

Cette évolution repose sur des intérêts complémentaires. Le Vietnam recherche des partenaires disposant de capacités technologiques et de formation susceptibles d’accompagner la modernisation de son économie. De son côté, la France cherche à approfondir ses relations avec un pays de plus de 100 millions d’habitants, situé au cœur de l’Asie du Sud-Est et dont le poids dans les équilibres régionaux ne cesse de croître.

Pourquoi l’espace devient-il une priorité ?

Pour une économie émergente comme celle du Vietnam, le spatial ne relève plus seulement de la recherche scientifique ou de la démonstration technologique. Les satellites et les données spatiales deviennent progressivement une composante des infrastructures indispensables aux économies modernes.
L’observation de la Terre peut contribuer à la gestion de l’agriculture et des ressources en eau. Les données satellitaires permettent de suivre les typhons, les inondations ou l’évolution du littoral. Les systèmes de navigation et de télécommunications jouent, quant à eux, un rôle croissant dans les transports, la logistique, l’économie numérique et la connectivité des territoires éloignés.

Ces applications revêtent une importance particulière pour le Vietnam, pays doté d’un long littoral et de vastes deltas, particulièrement exposé aux effets du changement climatique.

L’intérêt de Hanoï pour le spatial s’inscrit également dans une stratégie plus large. La Résolution 57 du Bureau politique vietnamien place les sciences, les technologies, l’innovation et la transformation numérique parmi les principaux moteurs du développement. Parallèlement, la Résolution 59 sur l’intégration internationale dans le nouveau contexte traduit la volonté d’une insertion plus poussée dans les réseaux internationaux, notamment dans les domaines scientifique, technologique et de l’innovation.

Dans cette perspective, la participation du plus haut dirigeant du Parti et de l’État vietnamien au Sommet sur l’espace revêt une portée qui dépasse le seul événement. Elle témoigne de la volonté de Hanoï de porter au plus haut niveau politique un domaine longtemps resté principalement du ressort des scientifiques et des ingénieurs.

Le sommet offre également au Vietnam l’occasion d’élargir ses contacts avec ses partenaires technologiques, de renforcer sa présence dans les enceintes multilatérales et de prendre progressivement part aux discussions sur les futurs cadres de coopération internationale dans le domaine spatial.

La France, un partenaire qui dispose déjà de solides acquis
La France bénéficie ici d’un avantage : la coopération spatiale entre les deux pays s’appuie sur plus d’une décennie d’expérience.

VNREDSat-1, premier satellite vietnamien d’observation de la Terre, a été placé en orbite en 2013 avec la participation d’Airbus. Ce programme a permis au Vietnam de développer ses premières capacités d’acquisition et d’exploitation d’images satellitaires destinées notamment à la gestion des ressources naturelles, à la surveillance de l’environnement et à la prévention des catastrophes.

En mai 2025, à l’occasion de la visite au Vietnam du président Emmanuel Macron, l’Académie vietnamienne des Sciences et des Technologies (VAST), Airbus Defence and Space et le Centre national d’études spatiales (CNES) ont poursuivi le développement de leur coopération dans le domaine de l’observation de la Terre, ouvrant la perspective d’une nouvelle génération de systèmes satellitaires et d’un renforcement des compétences vietnamiennes.

À long terme, le défi pour Hanoï ne consiste toutefois pas uniquement à disposer de nouveaux satellites. Pour prendre une place plus importante dans l’économie spatiale, le Vietnam devra développer un véritable écosystème associant recherche scientifique, ingénieurs, capacités de traitement des données, entreprises technologiques et intégration aux chaînes de valeur internationales.

La France dispose de nombreux atouts dans ces domaines. Avec le CNES, ses grands groupes industriels, ses écoles d’ingénieurs, ses instituts de recherche et son réseau d’entreprises aéronautiques et spatiales, elle peut intervenir aussi bien dans la formation et la recherche conjointe que dans le développement de satellites, le traitement des données et les services fondés sur les technologies spatiales.

Du satellite à l’économie de la donnée

Le développement des petits satellites et des constellations transforme également la manière dont les États accèdent à l’espace. Un pays n’a plus nécessairement besoin de construire seul l’ensemble de ses infrastructures : il peut se connecter à des réseaux internationaux, exploiter leurs données et développer progressivement ses propres capacités.

Pour le Vietnam, l’accès aux réseaux et aux constellations satellitaires pourrait notamment améliorer la connectivité des zones rurales, isolées ou maritimes, tout en offrant des services utiles à la logistique, à l’agriculture, à la météorologie, à la gestion des ressources naturelles et à la réponse aux catastrophes.

La valeur économique du spatial réside par ailleurs de plus en plus dans les données. Associées à l’intelligence artificielle, à l’informatique en nuage et à l’analyse de données massives, les informations issues de l’observation de la Terre peuvent donner naissance à de nouvelles applications dans la prévision des catastrophes naturelles, la surveillance environnementale, l’agriculture de précision ou encore la gestion urbaine.

C’est précisément à ce niveau que la coopération spatiale rejoint d’autres priorités des relations franco-vietnamiennes, notamment l’intelligence artificielle, la transformation numérique, les technologies vertes et la formation des ressources humaines.

Espace, paix et souveraineté

L’expansion rapide de l’économie spatiale soulève néanmoins des questions politiques de plus en plus importantes : qui peut accéder aux orbites et aux fréquences ? Comment les données doivent-elles être gérées ? Jusqu’à quel point les États peuvent-ils dépendre de réseaux satellitaires transnationaux ? Et comment protéger des infrastructures spatiales devenues essentielles au fonctionnement des économies ?

Sur ces questions, le Vietnam défend le principe selon lequel l’exploration et l’utilisation de l’espace doivent poursuivre des finalités pacifiques, dans le respect du droit et des traités et mécanismes internationaux concernés, tout en préservant la souveraineté, la sécurité et les intérêts légitimes des États.

Cette position fait également écho aux préoccupations plus générales des pays en développement. Avec la multiplication des satellites et des constellations, les débris spatiaux, la sécurité des orbites, l’accès aux fréquences radioélectriques et aux positions orbitales deviennent des enjeux de plus en plus pressants.
Hanoï a donc intérêt à promouvoir une gouvernance fondée sur le dialogue et la coopération multilatérale, permettant aux différents États d’accéder de manière plus équitable aux bénéfices des sciences et des technologies spatiales.

La participation active du Vietnam aux organisations et forums multilatéraux consacrés aux sciences et technologies spatiales peut être comprise dans cette logique : accéder aux connaissances et aux réseaux de coopération, mais aussi participer progressivement aux discussions sur les règles appelées à encadrer les activités spatiales de demain.

Un test pour le partenariat stratégique global

Pour Paris, l’intérêt croissant du Vietnam pour le spatial ouvre à la fois des perspectives économiques et stratégiques. Pour Hanoï, la France figure parmi les partenaires capables d’apporter non seulement des technologies, mais aussi une expertise, des capacités de formation et un accès à l’écosystème aéronautique et spatial européen.

À terme, cette relation pourrait dépasser une logique classique de fournisseur à client pour évoluer vers la recherche conjointe, la formation, le transfert de connaissances, le développement d’applications et la création de liens plus étroits entre les entreprises des deux pays.

Dans cette perspective, la visite du Président Tô Lâm constitue également un test pour la nouvelle phase des relations franco-vietnamiennes. Les deux pays disposent désormais d’un cadre politique au plus haut niveau. Reste à savoir quels projets concrets pourront en découler.

Le spatial constitue à cet égard un cas particulièrement révélateur, puisqu’il concentre presque toutes les nouvelles priorités de la relation bilatérale : sciences, technologies, souveraineté, changement climatique, transformation numérique, formation et coopération économique.

Pour le Vietnam, l’enjeu sera de passer progressivement du statut d’utilisateur de technologies spatiales à celui d’acteur capable de participer davantage à la recherche, à l’exploitation des données et à la fourniture de services spatiaux. Pour la France, il s’agira de transformer son avantage technologique en partenariats durables avec un pays dont le rôle s’affirme en Asie du Sud-Est.

Le Sommet sur l’espace ne constitue donc pas simplement une étape supplémentaire dans la visite en France du dirigeant vietnamien. Il illustre une évolution plus profonde de la relation entre Paris et Hanoï : d’un partenariat fortement marqué par l’histoire vers une relation de plus en plus tournée vers les technologies susceptibles de façonner l’avenir.

 

Sources : presse Vietnam / Courrier du Vietnam

 

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